Cette histoire de responsabilité me pose beaucoup de questions, auxquelles je n’ai pas forcément encore de réponses.
Je ne suis sûre que d’une chose, c’est que dès que ma fille est née (et même quelques mois plus tôt) j’ai senti cette responsabilité énorme. Je suis perplexe devant la force de l’instinct qui nous pousse à mettre au monde des enfants dans ce monde en perdition. L’instinct de reproduction doit être plus fort que tout, même chez nous espèce dégénérée évoluée. Dommage que l’instinct de conservation de la race se limite souvent à la reproduction pure :-(
Mais qu’est-ce que ma responsabilité de parent ?
Lui assurer le minimum matériel jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se débrouiller seule.
Lui assurer la sécurité matérielle et affective.
Lui donner les moyens de se construire et de construire sa vie.
Cette responsabilité prend-elle fin quand l’enfant est capable de se débrouiller seul ? Ou bien en est-on toute la vie responsable ?
Bien sûr, quand on est adulte, on est responsable de soi-même. Mais devient-on responsable de ce que l’on est ? Ah, je m’aventure là sur un terrain mouvant car comment essayer de répondre à cette question sans se reporter à sa propre histoire ? Est-ce que mes parents sont responsables de ce que je suis aujourd’hui ? Oui, dans une certaine mesure. Parce que leurs choix, leurs attitudes, non seulement vis à vis de moi mais dans tous les aspects de leur vie, ont eu un impact sur ma construction. Impact que je ressens aujourd’hui comme globalement négatif, que j’essaie péniblement de surmonter, sans encore y parvenir... Bon, je crois que je touche le fond du pourquoi de ma question… je pense que je n’arrive pas encore à pardonner à mes parents le fardeau qu’il m’ont collé sans même sans rendre compte… mais ça, c’est MA responsabilité maintenant, non ?
Je pourrais continuer pendant des heures.
La vraie question du sujet, c’est : en quoi la non sco engage-t-elle plus ma responsabilité de parent ?
En ne scolarisant pas ma fille, je ne délègue quasiment rien. La majeure partie de son éducation passera par moi (moi = parent, y a son père aussi quand même).
Si l’on s’en tient au domaine strictement « scolaire », est-ce que cela veut dire qu’il faudra que je pense à TOUT lui apprendre ? Qu’il n’y aura personne derrière pour « rattraper » mes manques et mes oublis ? Pour rectifier le tir si je me trompe d’approche ?
Bon. Je n’ai pas envie de développer sur le thème « mais à l’école aussi il y a des manques et des oublis ». Bien sûr que oui. Est-ce qu’on peut vraiment « passer à côté » d’apprentissages importants ? S’ils sont importants, c’est parce qu’on en a besoin, et si on en a besoin, on cherchera forcément à les apprendre un jour ou l’autre ? Plutôt qu’essayer d’être exhaustive par rapport à un programme ou une somme de connaissances « standard », je préfère qu’elle apprenne à apprendre, qu’elle devienne petit à petit autonome dans ses apprentissages, pour qu’aucune porte ne lui soit fermée sur le chemin de la connaissance…
Responsabilité rime avec prise de risque. Nous prenons le risque qu’elle se sente différente. Qu’elle le soit réellement. Nous faisons pour elle un choix qui, en France, est encore exceptionnel donc « marginal ». Un choix qui aura forcément d’énormes conséquences sur sa construction et sur son avenir. Qui a déjà des conséquences au quotidien, encore légères vu son âge mais qui peut-être, influera sur ses relations avec les autres ? J’espère que les bases affectives sur lesquelles elle se construit lui donneront la force d’être elle-même quel que soit le regard des autres.
Chez nous, comme je pense chez pas mal de familles non sco, c’est moi qui passe la plus grande partie des journées avec Choupinette et qui joue principalement le rôle de transmetteur de connaissances ou de faciliteur d’apprentissages. Ca induit je trouve une grosse responsabilité vis à vis du papa. D’abord, même si on est d’accord sur le choix non sco, la façon dont j’envisage l’instruction est le résultat d’un long mûrissement et évolue tous les jours. J’ai compris beaucoup de choses en observant ma fille au jour le jour, je sais qu’il faut parfois beaucoup de temps à la semence pour germer, et j’ai confiance. Mais ce n’est pas toujours évident vis à vis de son père. Enfin, si, ça va… pour le moment. Mais que se passerait-il en cas « d’échec » ? J’ai du mal à imaginer ce que pourrait être cet échec, disons, si elle était incapable d’avoir son bac par exemple ? (C’est juste un exemple assez caricatural je vous l’accorde, mais bon il est tard, et je ne disserterai pas de l’importance d’avoir son bac ;-). Si elle était scolarisée, la responsabilité serait répartie sur les profs et sur elle-même (tes profs sont nuls, et toi t’as pas bossé). Avec l’option non sco, c’est tout sur la mère :-(
Bon, j’ai confiance, mais c’est quand même un danger potentiel (pas de rater le bac, mais d’assumer seule la responsabilité de l’échec et de troubler la sérénité des vieux jours de notre couple).
Sommes-nous responsable de l’attitude de notre enfant face au monde ? De ses convictions religieuses, philosophiques, politiques ? N’est-il pas nuisible pour son esprit critique de n’être confrontée qu’à une seule façon de voir la vie ? Ne tentons-nous pas de lui imposer notre vision du monde, alors même que celle-ci évolue tous les jours ? Ne risque-t-elle pas de considérer que nous détenons la vérité absolue ? Est-ce que ce n’est pas de notre part une monstrueuse mainmise sur son esprit, que nous souhaiterions modeler à l’image du nôtre ? Et même, n’est-il pas préférable qu’elle subisse notre influence plutôt que celle d’inconnus ? Ce n’est pas la raison de notre choix même si je comprends qu’elle puisse l’être pour certaines familles.
Alors, quoi ? Essayer de favoriser la réflexion, de montrer que je ne sais pas tout, qu’il y a beaucoup de choses dont je ne suis pas sûre, que parfois c’est elle qui a raison… et puis zut, elle est pas dans un placard quand même, elle voit du monde ! Et elle en verra de plus en plus, et de plus en plus sans ses parents ! Elle aura bien l’occasion de se confronter à des opinions différentes ! Du moment que nous n’affirmons pas « nous avons raison, les autres ont tort » (bon en général c’est vrai, mais y a sûrement des exceptions :-D).
Je saurai sûrement mieux répondre à tout ça dans 10 ou 20 ans… la non sco c’est très expérimental. Comme l’est de toutes façons pour chaque parent d’accompagner chaque enfant…
Finalement, la meilleure façon d’assumer cette responsabilité c’est peut-être de donner à Choupinette les moyens de se responsabiliser elle-même, de jouer un rôle actif dans son éducation, qu’elle soit actrice dans la construction de sa personne et qu’adulte, elle ne se sente jamais victime de son enfance. Ma responsabilité c’est de lui permettre de se libérer de ma responsabilité …
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