~*~ Mais euh, et la socialisation, alors ? ~*~

Publié le par mémère

… ou socialisation naturelle versus socialisation artificielle.
 
Cette question est généralement la première posée par l’entourage à l’annonce de la non sco (ce qui est déjà un processus artificiel : pourquoi annoncer formellement quelque chose qui s’inscrit dans la continuité de notre vie de famille ?) et par les « ben y a pas école aujourd’hui ? ».
 
1. Que signifie pour ces personnes le mot socialisation ?
 
Ce que je comprends à travers cette question, c’est : votre enfant sera isolé, ne connaîtra pas d’autres enfants, n’apprendra pas à respecter les contraintes de la vie en société. Vous allez en faire un petit sauvageon incapable à l’âge adulte de s’insérer dans la société. Il n’aura pas d’amis et sera malheureux. Il restera dans les jupes de sa mère et sera incapable de la moindre autonomie.
 
2. Pourquoi cette question et pourquoi arrive-t-elle presque toujours en premier ?
 
C’est ça la vraie question… Pourquoi cette crainte ? L’être humain est-il à ce point naturellement asocial qu’il faille le dresser à fréquenter ses congénères ? N’aurait-il pas de lui-même le désir d’aller rencontrer les autres ? Pourquoi devrait-on être formés sur le même modèle pour être capables d’entrer en relation ? Si cette question apparaît avant celles concernant l’instruction proprement dite, c’est peut-être que l’argument de la socialisation est justement celui sur lequel on joue pour pousser les parents à scolariser leurs enfants de plus en plus tôt. Détachement, autonomie, socialisation. Remplacer à 3 ans la relation sécurisante avec le parent protecteur, attentif, bienveillant, accompagnant, comprenant, disponible, par une mise en danger permanente dans l’interaction avec une vingtaine d’enfants aux besoins concurrents, et une relation de type hiérarchique (donc dominant/dominé) avec un adulte.
 
 
Je vois donc deux aspects à cette histoire de socialisation :
 
- savoir respecter les règles de la vie en société ; en accepter les contraintes ; à l’extrême, « rentrer dans le moule »

- savoir nouer des relations avec d’autres êtres humains
 
 
Et dans la pratique ?
 
Je ne peux pas nier m’être interrogée à ce sujet, mais je l’aurais certainement fait aussi si j’avais décidé de scolariser Choupinette… parce que je ne suis pas forcément moi-même un « modèle » ni pour la sociabilité ni pour le respect des règles sociales. Enfin, des fois oui, et des fois non. Je suis allée à l’école. Mes relations avec les autres y ont été très difficiles. Avec le recul je ne pense pas que ce soit surtout la faute de l’école mais plutôt la conséquence de mon environnement familial, pas très ouvert sur le monde, par contre très conformiste et très soucieux du qu’en dira-t-on. Sachant avoir parfois du mal à aller vers les autres, ma crainte était plutôt d’avoir légué ma tare à ma progéniture ;-)
 
Choupinette n’ayant pas de frère ni de sœur, je pensais aussi qu’il était essentiel qu’elle ait des occasions de jouer avec d’autres enfants (oui, elle avait envie, mais moi aussi parce qu’il faut bien dire qu’un enfant qui joue avec un autre c’est un soulagement pour la mère qui respire 5 minutes ;-). Les 3 premières années, c’était plutôt difficile. On habitait en rase campagne, pas d’enfant à proximité, les seules occasions d’en rencontrer étaient les sorties au parc, c’était aléatoire et plutôt du genre « j’aimerais bien faire de la balançoire mais elle est déjà prise ».
 
Ensuite comme nous étions en ville, elle a pu faire plusieurs activités où elle a rencontré pas mal d’enfants. Elle a gardé deux vraies copines depuis ses 4 ans, d’autres plus épisodiques.
 
A l’âge de la maternelle et sous le tir nourri des « alors, bientôt l’école », j’ai eu peur qu’elle se sente différente des autres enfants et on a commencé à rencontrer beaucoup de familles non sco dans toute la France. A une époque elle connaissait plus d’enfants non sco que scolarisés ;-)
Elle a vraiment sympathisé avec quelques uns que nous voyons chaque fois que c’est possible. On essaie de le faire aussi dans la région avec un petit groupe de familles, mais finalement, avec toutes ces activités, le temps passe vite et c’est parfois dur de trouver un après-midi où tout le monde est libre. 
 
Elle nous accompagne dans la plupart des rencontres de la vie courante ce qui est toujours l’occasion à la fois de rencontrer des homo sapiens divers et variés et d’apprendre plein de trucs sur les banques, les avocats, les commerces (« maman je ne crois pas que beaucoup d’enfants de mon âge savent ce que c’est qu’un inventaire ») et plein d’autres choses beaucoup plus rigolotes. Quand j’étais petite j’étais toujours fascinée, quand l’occasion s’en présentait pour quelque raison exceptionnelle, de constater que pendant que les enfants sont à l’école il se passe des choses dans le vrai monde et que la vie ne s’y arrête pas le matin à 8 heures pour reprendre le soir à 5 heures…
 
Chaque être humain est différent. Je ne peux pas savoir comment ça se passerait si Choupinette était scolarisée : autrement, mieux, plus mal, pareil… elle a une petite timidité de prime abord quand elle rencontre quelqu’un de nouveau, enfant ou adulte, qui se dissipe rapidement et qui tend à s’atténuer avec l’âge. Elle est polie dans le monde, appréciée par les parents de ses copines. Elle sait nouer des relations avec d’autres êtres humains. Elle respecte les règles élémentaires de la vie en société. Mais je souhaite que soit gravé en elle pour toute sa vie qu’on n’est pas obligé d’accepter toutes les contraintes et qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans le moule pour être heureux.
 
 
Ecrit pour la 3ème édition de la Farandole Sans Ecole
 

Publié dans Farandole Sans Ecole

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

gaelle 15/03/2007 09:38

Oulà là comme je suis d'accord avec toi lol mais nous aussi on connait plus d'enfants non sco que sco :o)))))

pepitedechocolat 12/03/2007 14:10

Oui, la vraie question, c'est pourquoi est-ce que l'inquiétude concernant la socialisation revient si souvent...?! J'aimerais bien que les "poseurs de cette question-là" arrivent à nous répondre un jour, sur cette crainte.

béné 12/03/2007 03:57

je me suis demandée aussi comment M allait pouvoir être sociable avec moi, (parce que j'aime bien être pépère chez moi, pour ne pas dire mémère LOL)
et puis, finalement ma fille est très sociable :-)
je suis bien d'accord avec toi sur l'adaptation aux règles de la société: avoir une attitude correcte et respectueuse envers les autres oui; entrer dans le moule à tout prix, non